Archipel Citoyen

Réouverture des écoles : refuser l’improvisation, agir avec rigueur

Le plan de déconfinement prévu pour s’appliquer à partir du 11 mai implique, selon le gouvernement, la réouverture progressive des crèches, des écoles maternelles et élémentaires.

Ces réouvertures relèvent de la compétence des communes pour le volet organisationnel.

1/ Une réouverture des écoles à haut risque

Le Président de la République a décidé cette réouverture en total désaccord avec des pans entiers de la communauté scientifique, notamment l’Institut National de la Santé et de la recherche médicale ou le conseil de l’ordre des médecins, et même le conseil scientifique qu’il a lui même mis en place.

Les établissements scolaires risquent en effet de constituer de nouveaux foyers de diffusion du virus, parce que les jeunes enfants auront beaucoup de difficultés à respecter les gestes barrières indispensables pour leur sécurité, et parce qu’il sera très difficile de mettre en œuvre toutes les recommandations de sécurité sanitaire. La distanciation physique, le lavage des mains plusieurs fois par jour, les temps de récréation, la désinfection et le nettoyage des locaux au moins deux fois par jour… autant de contraintes difficiles à tenir avec des jeunes enfants à un stade épidémique encore fort et à un moment où la communauté scientifique nous invite à ne pas relâcher notre vigilance. Si les dernières études publiées semblent montrer que si les enfants sont plus souvent asymptomatiques, ils ne seraient pas pour autant immunisés et seraient tout aussi contagieux que les adultes. Ils seront au contact de personnels qui peuvent contracter la maladie et développer des formes graves.

Ainsi, alors que la diffusion du virus semble désormais ralentir grâce au confinement, Messieurs Macron et Philippe prennent le risque de multiplier les « clusters » et de favoriser une seconde vague et de nouveaux drames.

C’est cela que craignent aussi les personnels de mairie, les professeurs, de nombreux parents et les prises de position de leur organisations représentatives en témoignent.

Partant de ce constat, d’autres gouvernements ont fait des choix contraires à celui de notre pays ;

  • La Corée du Sud, qui présente pourtant une situation de maîtrise plus grande de l’épidémie que la France, a décidé de laisser ses écoles fermées ;
  • Le Japon a rouvert et refermé rapidement après avoir constaté que l’ouverture relançait l’épidémie ;
  • L’Allemagne, après avoir décidé de rouvrir, a finalement indiqué qu’elle repoussait l’échéance. Elle a en effet constaté que le Danemark, qui avait rouvert avant, enregistrait une recrudescence des infections deux semaines après ;
  • L’Italie, qui est parvenue elle aussi à faire régresser la diffusion du virus, a choisi de ne pas ouvrir avant septembre.

Autant d’éléments que le gouvernement connaît parfaitement. Par conséquent, quelles sont les véritables motivations d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer : assurer l’éducation et la socialisation des élèves (dont les « décrocheurs ») ou relancer rapidement une part importante de l’activité économique française ?

S’il s’agissait d’un motif éducatif, alors le gouvernement aurait commencé par les élèves les plus âgés, pour qui les gestes barrières sont plus faciles à faire respecter. Or les universités resteront fermées. Les lycées ouvriront en dernier (et encore ce n’est pas certain). S’il commence par les plus jeunes, c’est bien parce que leur prise en charge par l’institution scolaire est d’autant plus indispensable pour que leurs parents reprennent le travail. La décision de l’obligation pour les parents – sous peine de suppression de leurs indemnités de chômage partiel -, de devoir fournir, à partir du 1er juin, une attestation à leur employeur pour justifier que l’établissement scolaire de leur enfant n’est pas en mesure de l’accueillir, va dans le même sens.

Cette rentrée prématurée semble répondre d’abord à des besoins économiques avant de répondre à des besoins pédagogiques et sanitaires. Rappelons-le, l’école a une mission fondamentale: assurer la socialisation, l’élévation intellectuelle, l’acquisition d’un savoir, d’un savoir-faire, d’un savoir-être et d’un esprit critique. Elle n’est pas une garderie.

2/ Un plan de déconfinement et de réouverture des écoles peu rigoureux

L’incurie de ce gouvernement dans la gestion de la crise (capacité à équiper, à fournir des masques gratuits pour tous etc.) sème le doute sur sa capacité à assurer un cadre national solide pour une reprise des écoles en toute sécurité. Les Français en général, les parents d’élèves, les professeurs, les personnels le ressentent et affichent une défiance continue dont témoignent les sondages.

Le gouvernement laisse les familles face à un choix indigne, prétendument libres d’envoyer ou pas leurs enfants à l’école. Il se décharge sur les mairies de l’organisation matérielle, au risque de voir l’application se faire de façon très diverse et les risques se multiplier.

D’ailleurs de nombreux maires ont manifesté leur mécontentement, certains allant jusqu’à décider de ne pas ouvrir.

Le Maire sortant de Toulouse ne s’est pas démarqué de l’exécutif national. Son plan de réouverture est précipité. Une école sur trois est concernée sans que l’on sache comment ce choix, porteur d’inégalités, s’est fait. La concertation, pourtant indispensable avec tous les partenaires de l’école, est insuffisante, ainsi que les moyens alloués.

3/ Préparer d’abord, ouvrir progressivement quand les conditions seront réunies : pour un protocole concerté, sérieux et protecteur

Pour notre part, nous pensons que la réouverture des établissements scolaires concernés nécessite de tourner le dos à ce bricolage et d’établir un solide et rigoureux protocole permettant d’assurer la sécurité des élèves, des parents, des enseignants et des personnels – dont des salariés de la Mairie – concernés. C’est la priorité absolue quelle que soit la date de l’ouverture, tant que planera la menace de ce virus.

Certaines dispositions préconisées par le gouvernement et la Mairie de Toulouse nous semblent convenir et nous ne reprenons pas ici l’ensemble de celles qui nous semblent conformes aux nécessités. Mais nous souhaitons apporter quelques changements et bonifications importants.

  • En ce qui concerne le matériel. S’il est notifié dans la note de la Mairie que le personnel doit porter des masques, la note du gouvernement a changé puisque la mention de la distribution des masques au personnel le 11 mai a été retirée. Nous considérons qu’ils sont indispensables, qu’ils doivent être homologués, et mis à disposition gratuitement, en nombre suffisant. Il en va de même de l’ensemble du matériel nécessaire, le gel hydroalcoolique, le savon, les essuie-mains jetables et il faut clairement préciser que les services d’intendance doivent veiller à ce qu’il n’y ait à aucun moment de situation de pénurie et assurer la transparence publique de l’état des stocks.
  • En ce qui concerne le nettoyage et la désinfection des salles et du matériel, des lieux de passage et des abords. Il s’agit pour nous, de désinfecter avec la plus grande précaution et, conformément à notre programme général, en utilisant des produits qui ne comportent pas de perturbateurs endocriniens. Cela doit être fait à chaque fois qu’un groupe d’élève change de salle (ce qui invite à laisser les groupes d’élèves le plus possible dans une même salle).
  • En ce qui concerne les rythmes d’ouverture des écoles. Quand cela sera possible, il faut procéder à une ouverture progressive. Mais le dispositif gouvernemental se cantonne à des généralités. Quant à la Mairie de Toulouse, elle prévoit une ouverture trop rapide, d’une école sur trois, avec 45 élèves maximum par école (90 par groupe scolaire). De quoi préoccuper la communauté éducative : comment avoir le temps pour se préparer et comment établir la liste des élèves qui seront re-scolarisés ? Nous pensons que le choix doit être mieux préparé et plus clair, déterminé à la fois par les impératifs sanitaires et la conformité avec les principes républicains de l’égalité et de l’école pour tous. Il faut ainsi ouvrir toutes les écoles. Et comme elles ne peuvent pas tourner à plein régime, nous proposons de commencer par la scolarisation des plus grands, qui sont les plus en capacité de respecter les gestes barrières, c’est-à-dire les CM2 et de poursuivre ensuite le processus, en ouvrant d’autres niveaux de classe, en fonction de l’évolution de la situation.
  • En ce qui concerne le fonctionnement pédagogique des groupes d’élèves, le ministre annonce des groupes de 15 maximum pour pouvoir attribuer 4 m2 par personne dans les salles. La note ministérielle indique qu’ainsi « une salle de 50 m2 doit permettre d’accueillir 16 personnes ». Sauf que 4 m2 par personne, pour 16 personnes, cela fait 64 m2 et non 50. Un élément de plus qui en dit long sur le manque de rigueur dont fait preuve l’État. Raison pour laquelle, nous demandons (comme les syndicats de professeurs des écoles) à ce que les groupes soient de 10 élèves maximum.
  • En ce qui concerne les moments de repas et les déplacements. La Mairie prévoit une distribution de repas froids et donne des indications sur le plan de déplacement (comportant des fléchages et marquages au sol). Nous pensons qu’il faut compléter ce dispositif par des règles concernant les abords. En fonction de la réalité des établissements, il faut prévoir de délimiter des espaces pour gérer les flux de circulation des élèves arrivant en transports en commun, en voiture, à pied, à vélo. Une attention particulière doit être portée aux personnes en situation de handicap. Plus globalement, nous proposons la désignation, parmi le personnel municipal, de responsables « covid19 », formés, affectés à chaque établissement dont la préoccupation unique est de veiller au respect du protocole.

Basé sur ces principes, un protocole particulier, adapté à chaque établissement, doit être discuté conjointement par la Mairie, les représentants des personnels et des parents d’élèves dans le cadre des conseils d’école. Avant l’arrivée des enfants, le conseil d’école organisera une visite de l’école pour les parents dont les enfants sont sur le point de reprendre. En ce qui concerne le périscolaire, il faut que les personnels de Clae soient associés à la définition des protocoles et préparer la relance en veillant aux mêmes principes, de façon à anticiper également, le cas échéant, la période estivale. La concertation et la co-élaboration, piliers de la méthode de gestion municipale que nous appelons de nos vœux, s’applique d’autant plus à cette période si difficile.

Enfin, il faut renforcer le suivi des élèves qui ne sont pas accueillis dans les établissements scolaires. Raison pour laquelle, nous soutenons les demandes formulées par l’opposition municipale :

  • Les structures municipales et les associations qui assurent en temps normal la prise en charge des enfants sur les temps péri-éducatifs pourraient être mises en lien avec les équipes enseignantes, pour l’élaboration d’un diagnostic de la situation.
  • L’équipement informatique insuffisant de certaines familles exacerbe la fracture numérique car il ne permet pas à leurs enfants de bénéficier de la continuité pédagogique en période de confinement. Cela implique la mise à disposition de supports numériques de type tablettes, sur la base d’un état des lieux précis des besoins.
  • Un soutien financier accru aux associations engagées dans l’aide aux devoirs et la lutte contre le décrochage scolaire.

Nous savons que chaque toulousaine et toulousain est touché dans sa vie personnelle à divers degrés et sous diverses formes. Nous savons que chacune et chacun s’interroge sur ce qu’il convient de faire et que rien n’est facile ni évident. Nous sommes à l’écoute et voulons agir dans le respect des principes qui nous animent et même si nous avons conscience de la nécessité de déconfiner, de relancer les activités économiques – tout en ouvrant le débat sur les choix de réorientation qu’il conviendrait d’engager -, nous faisons du principe de protection un principe majeur.

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