Municipales à Toulouse : Archipel Citoyen a tiré au sort 1 000 électeurs pour être candidats

Un article de Guillaume Laurens paru le 15/07/2019 dans Actu Toulouse. Photo @G.L. /ActuToulouse

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Afin de « choisir ensemble les candidats » qui formeront sa liste, Archipel Citoyen mise sur un mode de désignation original pour les Municipales 2020 à Toulouse : le tirage au sort.

« Quelque chose de nouveau est en train de se passer à Toulouse… ». C’est le credo d’Archipel citoyen, qui entend imposer sa « démarche citoyenne, ouverte et participative » dans la campagne des Municipales 2020. Deux ans après sa naissance, le collectif se retrouve au centre de bien des attentions pour les prochaines élections dans la Ville rose. Et revendique désormais « 900 à 1 000 adhérents et sympathisants », issus « de divers horizons ». 

« Pas un cartel de partis »

Surtout, il a réussi le tour de force de recevoir le soutien de formations politiques de gauche ou écologistes, qui ont annoncé avoir « rejoint la démarche » d’Archipel Citoyen, sans constituer leur propre liste… Europe écologie les Verts, la France Insoumise, Place Publique, mais aussi l’association « Toulouse Idées Neuves » de Romain Cujives, se sont inscrits dans la dynamique. D’autres, comme le mouvement Une de Nadia Pellefigue, le Parti communiste de Pierre Lacaze, ou Génération.s de Pierre Cohen, font plutôt avancer leurs propres écuries, surtout dubitatifs face au mode de désignation des candidats (lire ci-après)… Mais sur la trame du programme, « il y a une forte convergence de fond », assure Maxime Le Texier, l’un des quatre porte-parole. « Nous essayons de les convaincre de nous rejoindre ». Insistant longuement sur « la démarche citoyenne » du processus, Caroline Honvault, elle-aussi porte-parole, appuie :

Nous ne sommes pas un cartel de partis, mais un ralliement de volontés.

Selon ces deux militants associatifs, d’autres structures, « comme Rallumons L’Étoile ou Toulouse 2031 », font également partie des « grands contributeurs » du projet. Des contributeurs qui doivent alimenter la boîte à idées, sans forcément se porter candidats.

« Réinventer la politique municipale »

Si Archipel Citoyen veut « aller au-delà d’un ralliement des partis », c’est aussi et surtout « parce qu’il existe un fossé à combler entre les élus et les citoyens ». Considérant que le fonctionnement actuel de la collectivité « confisque le pouvoir aux autres citoyens », le collectif entend résoudre l’énigme de « l’urgence démocratique, sociale et écologique à Toulouse ». Ce mouvement, qui veut donc « réinventer la politique municipale au quotidien », dixit Maxime Le Texier, s’est doté d’un « manifeste des valeurs et d’un code éthique », et travaille à « coconstruire le programme et la liste avec les citoyens ».

Une liste pour « chercher la mixité sociale »

L’originalité d’Archipel Citoyen réside surtout dans le processus de construction de la liste, qui sera composée de trois catégories : les candidats volontaires pour y figurer, les personnes qui ont été plébiscitées pour cela (du genre : « Mon voisin Untel ferait un bon candidat », ndlr), et celles qui ont été… tirées au sort parmi les électeurs. C’est ce dernier point qui est inédit… et qui cristallise les tensions avec certaines formations de gauche : un tiers de la liste sera en effet tiré au sort parmi les Toulousains inscrits sur les listes électorales, parce que « personne n’est moins légitime que personne pour s’impliquer ». « Ce choix a été fait face à la difficulté d’avoir une véritable diversité sur les listes », étaye le collectif, qui y voit aussi « une question de légitimité et d’éducation citoyenne ». Maxime Le Texier défend fermement cette logique de tirage au sort :

Généralement, les personnes qui constituent une liste ont un bagage professionnel ou éducatif supérieur, et sont cooptées. Par le tirage au sort, nous allons chercher une vraie mixité sociale.

1 000 tirés au sort pour être candidats, 11 ont répondu « oui »
Fin juin, 1 000 personnes ont donc été tirées au sort sur les listes électorales de Toulouse. Toutes ont reçu un courrier leur indiquant en substance : « Vous avez été tiré au sort pour être candidat sur une liste de construction citoyenne aux Municipales… » Etc. Selon le collectif, 11 d’entre elles ont manifesté leur intérêt : « Huit femmes et trois hommes ». L’objectif étant d’en trouver 23, les autres vont être relancées. Estimant que c’est « un bon début », Archipel Citoyen s’engage, au-delà de la construction de la liste, à « intégrer le tirage au sort dans la démocratie permanente », une fois les élections passées. De même, le collectif exercera « un contrôle et un contre-pouvoir de la représentation politique » sur les élus.
Et si certains de ces 23 tirés au sort arboraient des convictions en inadéquation totale avec le collectif ? « Dès notre première entrevue, nous leur rappelons le positionnement politique d’Archipel Citoyen », assure Maxime Le Texier, « mais nous entendons laisser sa chance à chacun. Après, en cas de problème, il y aura bien évidemment un mécanisme de contrôle ».

Les autres candidats « départagés par les habitants »

Pour ce qui est des candidats plébiscités par des tiers, plus de 100 noms ont déjà été soufflés au collectif… Tous n’ont évidemment pas transformé cette idée en une candidature en bonne et due forme ! Mais quelques-uns ont franchi le pas. 

Les candidats « volontaires » et « plébiscités » sont ensuite tous intégrés sur une plateforme en ligne « pour être départagés par les habitants ». Sur le site Internet d’Archipel Citoyen, chaque votant peut d’ores et déjà attribuer un soutien – en mettant un « +1 » – à autant de personnes qu’il le souhaite. « Sachant que n’importe quel habitant de la Métropole peut s’inscrire pour voter, dès 16 ans », indique Caroline Honvault. Les portraits d’environ 120 candidats s’affichent déjà, et les premiers comptent déjà leurs points…

Qu’ils soient « volontaires » ou « plébiscités », ces candidats ne sont donc pas assurés d’être retenus, soulève Maxime Le Texier, d’autant que les partis ont chacun envoyé leurs noms : EELV a par exemple mandaté 12 personnes – dont Antoine Maurice – pour être candidates. L’association Toulouse Idées Neuves en a, elle, mandaté 10, dont Romain Cujives. Concernant la France Insoumise, « c’est en cours de discussion », annonce Jean-Christophe Sellin, l’une des figures du parti à Toulouse. Maxime Le Texier se réjouit que les partis jouent le jeu, d’autant qu’ils « n’ont aucune garantie de sortir dans les 100 premiers ».

Ce sont donc les sympathisants du collectif qui choisiront leurs candidats. À l’arrivée « les 100 personnes les plus soutenues » resteront en course. Et parmi ces 100 finalistes, 46 seront retenus. Deux tiers de la liste seront ainsi sélectionnés, aux côtés des 23 tirés au sort…

« Éviter l’ultrapersonnification » de la campagne

Le collectif a annoncé deux nouveautés, lundi 15 juillet 2019. Primo, Archipel Citoyen repousse la possibilité de candidater sur sa liste au dimanche 8 septembre. Mais si les intéressés veulent glaner des points, autant se manifester assez tôt ! Secundo, « un appel sera lancé pour que des gens de la société toulousaine soutiennent la liste, sans être candidats ».

Quant à la désignation de la tête de liste, ce ne sera pas avant l’automne prochain. « L’objectif, c’est de créer un groupe, une équipe, avant de mettre en avant une tête de liste », indique Maxime Le Texier, qui veut « éviter l’ultrapersonnification » de la campagne.

Notre objectif, c’est de travailler à 69, avec des diversités de profils, voire parfois des positions clivantes… 

Quant à savoir en quelle position se retrouveront les candidats tirés au sort… « Ce sont les 69 personnes ainsi désignées qui détermineront l’ordre de la liste ». Mais « les 23 tirés au sort, comme les 46 autres, peuvent très bien se retrouver en bonne position, voire tête de liste ! », soulève Caroline Honvault.

16 enjeux de campagne définis

« 16 enjeux de campagne ont d’ores et été définis », soulève Maxime Le Texier. Pour ce qui est du programme à proprement parler, il faudra encore patienter un peu… Quelle position prendra par exemple Archipel Citoyen sur la troisième ligne de métro, l’un des grands dossiers du moment ? « Ce n’est pas arrêté, ce sera co-construit avec les citoyens ». Car pour ce collectif, les idées doivent fuser jusqu’à la dernière minute : « Le programme sera co-construit jusqu’à quelques semaines avant le 1er tour des élections municipales de 2020 ». Sachant que tout peut être débattu. Ainsi, certains militants ont par exemple mis sur la table l’idée d’élire un maire « tournant ». « Une idée parmi d’autres ! », tempère Maxime Le Texier. 

Le porte-parole du collectif se réjouit surtout : « Archipel Citoyen, c’est une dynamique qui grossit. C’est quelque chose qui n’existait pas en France. Et aujourd’hui, nous nous sommes imposés comme l’acteur n°1 de la transformation citoyenne à Toulouse ».